Chopard. 150 ans et un parcours sans fautes
jeudi 14 octobre 2010, 15:34
Chaque secteur économique ou industriel connaît, dans son histoire, une entreprise-modèle qui ne peut que laisser admiratif ses confrères et concurrents. La maison CHOPARD est de ces « perles rares » vers lesquelles les groupes du luxe - les CARTIER, SWATCH GROUP et autre LVMH - lorgnent avec envie - mais en vain - des années pour une éventuelle acquisition! Car si cette réussite repose, en grande partie, sur son caractère familial, c'est justement cette indépendance, de génération en génération, que - jusqu'à nouvel ordre - la famille Scheufele revendique farouchement !
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Pour s'en convaincre, il suffit de passer quelques instants, lors de la Foire annuelle de l'horlogerie à Bâle, dans le superbe espace de CHOPARD et constater une chose étonnante : c'est tantôt Caroline ou Karl Friedrich, les vice-présidents, tantôt leurs parents, qui accueillent et reçoivent personnellement leurs clients venus du monde entier pour leurs présenter les nouvelles collections ! C'est cela, le « miracle CHOPARD » : le travail d'une famille qui a su faire d'une entreprise artisanale, l'un des grands noms du luxe international. Plus exactement, c'est l'étonnante aventure de deux sagas familiales, qui méritent d'être racontée.
L.U.C. ou la naissance d'une marque Dans les montagnes du Jura suisse, le respect des traditions est placé très haut sur l'échelle des valeurs. Les anciens ont établi des règles qui ont traversé les générations de père en fils, et auxquelles aujourd'hui on peut se référer. Félicien Chopard était, lui aussi, un homme de tradition. Persuadé qu'une bonne formation était le fondement du succès, il incita son fils Louis-Ulysse à apprendre ce métier plein d'avenir que pratiquaient déjà beaucoup de membres de la famille : l'horlogerie. Le jeune homme montrait non seulement d'excellentes dispositions pour cette profession mais également une bonne dose d'ambition. Très vite, il en eut assez de travailler à domicile pour le compte de marques bien établies, comme le faisaient son père et d'autres membres de sa parenté. Son objectif était clair : il voulait créer sa propre marque. A l'époque, c'était les comptoirs qui fournissaient aux paysans-horlogers des composants à l'état brut, afin qu'ils les polissent, les cisèlent, les ajustent et les assemblent pour en faire des mouvements complets. Ils opéraient en tant que courtiers entre les différents travailleurs à domicile -qui pour la plupart continuaient à pratiquer l'agriculture- et les acheteurs du produit fini. Une fois qu'ils avaient recueilli les mouvements assemblés, ils se chargeaient du montage du cadran et des aiguilles ainsi que de l'emboîtage. En commercialisant des montres terminées, ils récoltaient évidemment la plus grosse part du bénéfice de la vente. Cet état de faits donna sérieusement réfléchir à Louis-Ulysse Chopard. Aussi, en 1860, il décida d'honorer à sa façon la devise « qui n'entreprend rien, n'obtient rien ». À Sonvilier, petit village proche du centre horloger de Saint-Imier, le jeune artisan de 24 ans décide d'installer son atelier dans une vielle bâtisse en pierres. Sur la façade, il fait pendre bien lisiblement ses initiales « L.U.C. ». C'est ainsi que naît non seulement une manufacture, mais également une grande marque horlogère. Les clients sont vite séduits par les créations très personnalisées sorties de l'atelier L.U.C. Il s'agit pour l'essentiel, de montres de poche dans diverses exécutions mais toujours d'une qualité irréprochable. Mais, dans l'horlogerie, pas plus qu'ailleurs, le temps ne reste figé. Louis-Ulysse Chopard et ses employés s'efforcent d'adapter leur production à la demande. La clientèle exigeante de la fin du XIXè siècle recherche par exemple, des montres de poche ultraplates avec remontoir à couronne. Chopard décide donc d'introduire ces modèles dans sa collection, qui était certes de dimensions modestes, mais constituée avec soin. Louis-Ulysse Chopard était aussi un homme de vision. Pour ses montres de haute précision, il devait aller prospecter à l'étranger s'il voulait développer sa clientèle. C'est ainsi qu'il tourna ses regards du côté de l'Europe de l'Est, de la Russie tsariste et de la Scandinavie.
Chopard à Genève Riche d'une nouvelle clientèle très cosmopolite, Paul-André Chopard, petit-fils de Louis-Ulysse, prend conscience que Sonvilier était un lieu parfaitement inconnu hors de Suisse. La Chaux-de-Fonds et Le Locle, en revanche, bénéficiaient déjà d'une réputation dépassant largement les frontières nationales, tandis que Genève était considérée depuis toujours comme étant le berceau de la plus haute tradition horlogère. La ville de Calvin possédait un autre avantage de taille par rapport à Sonvilier, celui de permettre des contacts avec une clientèle du monde entier par l'intermédiaire d'un réseau bien établi de concessionnaires. C'est ainsi que la maison Chopard traversa deux crises successives, celle des années vingt, puis la grande récession de 1929 au cours de laquelle nombre de ses concurrents furent fermés définitivement leurs portes. La clientèle féminine de l'époque était particulièrement friande de montres-bracelets. Elles étaient pratiques, à la fois fonctionnelles et esthétiques. Les montres-bracelets créées par Chopard, dont certaines étaient richement ornées de pierres précieuses, plaisaient beaucoup aux femmes. Un succès prémonitoire !
Chopard et Scheufele Jusqu'en 1963, l'entreprise est gérée tout à fait dans l'esprit qui avait été celui de Louis-Ulysse Chopard. Cette année-là, le petit-fils de Louis-Ulysse, Paul-André Chopard, va cependant prendre l'une des décisions les plus graves de son existence. Aucun de ses deux fils ne montre d'intérêt à reprendre la direction de la maison d'horlogerie. Le cur lourd, alors âgé de 65 ans, il se met à la recherche d'un acheteur. Peu de temps après, il fait la connaissance d'une famille allemande qui paraît détenir le profil idéal pour reprendre une maison comme la sienne. Il s'agit de la famille Scheufele, une dynastie d'orfèvres-horlogers établis dans la région de Pforzheim en Forêt-Noire. Depuis trois générations, les Scheufele fabriquent sous la marque ESZEHA (qui exprime dans la langue de Goethe les trois premières lettres de leur nom) des bijoux ainsi que des montres de très grande qualité. Paul-André Chopard et Karl Scheufele ne mettent guère de temps à trouver un terrain d'entente. Les deux entreprises se complètent l'une et l'autre de façon idéale. Un peu plus d'un siècle après sa fondation, la manufacture d'horlogerie « Le Petit-fils de L.U. Chopard » passe donc aux mains de la famille Scheufele. Les nouveaux propriétaires Karl et Karin Scheufele parviennent très vite à faire accepter leur marque dans le cercle très fermé de l'horlogerie haut de gamme. Dès 1968, l'entreprise déménage dans des locaux plus vastes, mais ce n'est qu'avec la construction du bâtiment Chopard à Meyrin, à la périphérie de Genève, que l'entreprise se trouvera enfin à l'aise dans ses propres murs. Les années de conquête Grâce à son habilité commerciale et sa passion des voyages, Karl Scheufele va faire renaître Chopard et la transforme en une marque internationale d'horlogerie et de joaillerie. Les créations se révèlent ludiques et originales, et apportent un vrai souffle d'innovation. Le look Chopard se nourrit des racines de la maison que sont l'Art nouveau et l'Art déco. En 1972, Karl Scheufele réinterprète l'Art nouveau dans une série de montres aux lignes végétales. Ce sera « Belle Epoque ». Toujours dans cette veine végétale, « Cascade », « happy Diamonds » en 1976, « Moonlight », ou « Paradisio » suivent. La signature stylistique Chopard se révèle polymorphe : des montres volontairement très rondes reprenant les courbes sensuelles et les couleurs vives des années 1970, de larges manchettes en onyx, malachite, corail, turquoise, mélangeant l'audace des formes et la beauté des pierres. En 1972-74, les femmes adoptent la montre Jeans et son bracelet en fameux denim. Un vent nouveau souffle sur les montres joaillières.
Une nouvelle génération Dans les années 1990, Caroline Gruosi-Scheufele et Karl-Friedrich Scheufele vont former un nouveau duo de dirigeants à l'image de leurs parents. Chacun d'eux réinterprète la tradition familiale : Caroline réinvente la tradition de l'orfèvre de Prorzheim en initiant des collections de Haute Joaillerie ; Karl-Friedrich celle de l'horloger de Sonvilier, en fondant une manufacture de Haute Horlogerie, à Fleurier en 1996. Partenaires complémentaires, partageant le même bureau, ils écrivent une nouvelle page de la saga Chopard. Caroline Gruosi-Scheufele va consacrer toute son énergie et sa passion à la création, aux boutiques et aux accessoires et au fil des ans, s'affirme grâce au succès de ses collections. Amoureuse des diamants, comme son père, elle en pare les plus beaux modèles de ses collections. Que se soient avec les Happy Diamonds dont elle a renouvelé le design et développé les collections ou les époustouflantes « Red Carpet » de haute joaillerie, elle s'avère une créatrice qui compte et une femme d'affaires redoutable qui sait avant la concurrence, lier l'image de la maison à des stars confirmées et à des événements incontournables. C'est ainsi qu'en 1997, Caroline rencontre Pierre Viot, alors Président du Festival de Cannes, qui lui demande de redessiner et de réaliser la « Palme d'OR ». Dorénavant, la « Croisette » deviendra chaque année la « chasse gardée » de Chopard et les différentes éditions du Festival seront l'occasion de parer les plus belles stars : de Kate Blanchett à Pénélope Cruz, Angelina Jolie ou Sharon Stone !
Une élégance discrète Affable et pudique, Karl-Friedrich Scheufele va imposer une nouvelle vision de Chopard, orientée par deux de ses passions : la haute horlogerie et les voitures anciennes. Persévérant pour asseoir la notoriété de la maison grâce notamment aux courses d'automobiles classiques. Persévérant pour fonder Chopard Manufacture. La philosophie de cet homme presque secret se révèle aussi bien rationnelle qu'émotionnelle, refusant de considérer les choses d'une façon purement statistique. Karl-Friedrich partage le hobby de son père. Ensemble, ils ont réuni une collection de voitures remarquables, le fils jetant son dévolu sur les sportives anglaises et allemandes d'avant-guerre et d'après-guerre (Bentley, Ferrari, Aston Martin, Porsche, et Mini Cooper), le père préférant les voitures sportives élégantes d'après-guerre. Il était donc évident que Chopard s'impliquerait dans le monde des courses automobiles anciennes et plus particulièrement la Mille Miglia et le Grand Prix de Monaco Historique. Mais Mille Miglia et Chopard vont devenir inséparables ! Le sponsoring du rallye donnera naissance aux montres 1000 Miglia pour lesquelles Karl-Friedrich Scheufele a imaginé des lignes sportives et chaque année, un nouveau modèle en série limitée sera présenté.
La renaissance de la manufacture Les entreprises horlogères qui développent et produisent entièrement leurs propres composants et montres sont rares. Persuadé que l'entreprise doit réaliser ses mouvements pour honorer son passé horloger, Karl-Friedrich Scheufele convainc son père - et le conseil de famille- que l'avenir est aux montres mécaniques. Dans le plus grand secret, le projet est lancé à l'automne 1993. Pour réaliser un calibre inédit, Karl-Friedrich Scheufele choisit la voie la plus complexe : un mouvement à micro-rotor pour un maximum de flexibilité, un remontage automatique dans les deux sens pour la fiabilité, une grande réserve de marche, et la possibilité d'y insérer des complications. La manufacture s'installe au Val-de-Travers par souci de discrétion. Le calibre ASP 94 est ainsi initié en 1993. Cependant, beaucoup trop bruyant et ne correspondant pas à la stratégie de production souhaitée, il est abandonné. La version définitive est finalement présentée à Noël 1995, sous la forme de vingt prototypes du calibre 1.96. La mise en service s'effectue à Fleurier où un modeste local loué accueille l'unité de production ultramoderne en 1996. Au fur et à mesure que l'activité prend de l'ampleur, la bâtiment est acheté et complètement restauré en 2000. Au début, ce sont une douzaine de femmes et d'hommes qui sont engagés. Aujourd'hui, 145 personnes uvrent à Fleurier. Plus de 45 millions de francs suisses ont été investis. En quelques années, 5 calibres ont été imaginés et produits, certains étant dotés de nouvelles technologies développées par Chopard Technologies, l'entité recherche et développement du groupe Chopard.



